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LE POSSIBLE EFFET BOOMRANG DE L’ANNEXION DE LA CRIMEE SUR LA SCENE INTERNATIONALE

INSS – Zvi Maguen, Perla Shavit-Barouch, Olena Bagno-Moldawsky

Traduction : BETTY HAREL

 

 

La Russie qui s’est sentie  profondément lésée  et fortement préjudiciée  par les retombées  de la crise en Ukraine  s’est arrogée  le droit  de  riposter  en annexant  purement et simplement la Crimée.  Il semble toutefois que la réaction russe dans ce contexte n’ait été que   ponctuelle  et  ce, compte tenu de l’enjeu majeur que cette crise représente  pour la Russie. En effet  la tendance grandissante de l’occident   à étendre son influence vers  le flanc oriental de l’Europe et  notamment  vers certains pays   faisant partie de l’ex Union Soviétique, a fortement irrité la Russie  qui  estime toujours posséder un   droit de regard  sur  ces  pays et se considère  comme  un ayant-droit sur leur devenir.  Pour Moscou, le  passage de   l’Ukraine dans l’escarcelle du camp  occidental  a constitué un  tel camouflet,   qu’elle n’avait d’autre choix que de réagir  en adoptant des mesures énergiques destinées  à mettre un frein à  la chute libre de son statut sur la scène internationale  tout en se laissant  la possibilité  de réaliser  un jour son  grand dessein, à savoir la  réunification   du   grand  empire (soviétique),  projet qui sans  l’Ukraine  n’aurait plus jamais eu aucune chance de voir le jour.

Dans la configuration  internationale telle qu’elle se présente  à ce jour, on perçoit déjà  les conséquences  de la crise ukrainienne dans   les régions ou domaines suivants :

1)    Conséquences dans   le domaine politique 

Nous voyons une nouvelle conjonction émerger actuellement,  dans laquelle les   relations entre la Russie et les pays occidentaux prennent une coloration franchement belliqueuse  et ce, particulièrement pour tout ce qui est  des règlements concernant  l’avenir de territoires faisant partie de l’ex Union Soviétique, tout comme la région   Moyen-Orientale qui elle aussi  fait les frais   de ce climat hostile  et  devient l’arrière base  de ces règlements de compte.  Dans ce même ordre idée,  outre la  spirale infernale dans  laquelle ces tensions  ont plongé  la sphère  internationale  où désormais les  sanctions  du monde occidental  à l’encontre de la Russie,  sont suivies par des ripostes  russes à l’encontre de l’occident,   il est à craindre que cette situation potentiellement  explosive  débouche sur   de véritables  hostilités ,   imputables à ceux  qui s’emploient à vouloir   redessiner  le paysage    géopolitique  de  certaines régions.

Il n’est pas impossible toutefois  que dans le court ou moyen terme,  ne soit trouvé un compromis russo-occidental  concernant  l’Ukraine  ou un règlement régional  concernant l’Europe de l’est dans son intégralité.  Par contre si les tensions  entre les parties continuent  et ce, vu  les énormes enjeux internationaux  qui se jouent  dans cette bataille,  cela risque de déboucher sur la déstabilisation de la scène internationale et d’avoir un impact direct sur   les divers accords  internationaux existants  qui verront   leur fiabilité et leur validité fortement remise en cause. Et réaction en chaine  prévisible …remise en question  également  de tout le système des lois   et relations   internationales en cours.

2)    Conséquences sur le  Moyen–Orient

Le Moyen-Orient  bien  davantage que par le passé,  est devenu l’arène    de prédilection  de  la Russie et de l’occident,   dans l’affrontement qu’ils se livrent.  Moscou a bien l’intention, par Moyen-Orient interposé,  de consolider son statut  sur la scène internationale et de promouvoir ses  objectifs.  En outre il y a tout lieu de penser   que  la Russie, désireuse  de détourner l’attention du monde de l’Europe de l’est et de l’Ukraine  vers lesquelles  tous les regards  sont actuellement tournés,  cherche à se  servir  du Moyen-Orient pour ouvrir un nouveau front  d’hostilités contre   l’occident. Pour se faire Moscou tentera de  renforcer ses actuels bastions dans les pays avec lesquels il collabore étroitement, tout en s’efforçant  d’élargir son champ d’action et ses partenariats régionaux.  En outre   Moscou  cherchera à appâter les pays qu’il veut  rallier,  en usant d’hameçons   d’ordre économique,  notamment en leur vendant des  armes,  et d’hameçons  d’ordre politique, cherchant ainsi à affaiblir le statut des puissances occidentales et leur emprise sur le Moyen-Orient.

Concrètement parlant,  tout laisse donc à penser que Moscou renforcera son soutien au régime de Assad dans l’objectif de le maintenir au pouvoir,  mettra les bouchées doubles en vue d’obtenir   des  contrats d’armement  avec l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Irak, et faisant fi des mises en garde de l’occident,  cherchera à amplifier  sa coopération économique avec l’Iran en lui faisant des propositions alléchantes susceptibles   d’atténuer  les méfaits  des sanctions qui leur sont  imposées .

Dans le domaine géopolitique, Moscou   fera ce qui est en son pouvoir pour réaménager l’ordre régional  en renforçant l’assise de certains des acteurs régionaux  dont  il espère qu’ils sauront ébranler et affaiblir l’emprise des occidentaux sur le Moyen-Orient.

3)    Dans le domaine juridique

Il est à noter qu’il est important,  pour toutes les parties en cause, de  faire valoir  le bien-fondé  juridique de leur action en ne se contentant plus de prendre en compte   le seul  bien-fondé  politique de cette action.   On peut ainsi jauger  l’importance que la  dimension juridique est en voie de  prendre au niveau international.  D’autre part on se rend aussi compte  que les argumentations  juridiques servent souvent de leurre  pour justifier certaines actions, sans pour autant qu’elles ne constituent leur base juridique.

4)     Le lien avec Israël dans la crise ukrainienne.

La confrontation des puissances sur la scène Moyen-Orientale  risque d’avoir de sérieuses répercussions  sur   les  intérêts  même de l’Etat hébreu.  En effet on assiste à un  renforcement militaire des pays ennemis d’Israël  qui se traduit par des livraisons d’armes à outrance et une intensification de l’aide qui leur est apportée, ainsi qu’à  une  ingérence sécuritaire active dans ces mêmes pays.  Dans ce contexte Israël  n’a d’autre choix que de suivre de très près  les derniers développements et de se forger des alliances avec d’autres puissances et  acteurs majeurs de la région.  Cela étant, Israël n’a, pour l’heure, aucune intention de s’impliquer dans   cette crise est-européenne, hormis  pour tout ce qui touche à la protection  des communautés juives  dans cette région,  que divers  facteurs, notamment antisémites,  tentent d’intimider, voire de menacer.

Il serait  donc bon, pour Israël, de rester en dehors de cette crise,  n’ayant pour l’heure aucun  intérêt à  s’en   se mêler  ni à  prendre aucune   mesure unilatérale.

 

 

 

 

 

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