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STRATÉGIE DE ABBAS – TOUT PRENDRE SANS RIEN DONNER

Schlomo Avineri – Haaretz  – Février 2014

Traduction: Betty HAREL

blame farce

Jusqu’à ce jour la tactique adoptée par les Palestiniens consistait à arracher  des concessions et ensuite suspendre  les négociations  pour les reprendre là où elles avaient été   interrompues.

Lors de son mandat de  Premier ministre (2006-2009),  Ehud Olmert avait  rencontré à 36 reprises  (peut-être même 37) le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas sans jamais parvenir  à  aucun accord.  Mais cela n’a pas empêché Olmert lors d’une récente interview sur la 2ème  chaine (de  Télévision israélienne) de se  déclarer  convaincu qu’Abbas était le bon partenaire  pour parvenir à un accord.

Olmert était prêt à aller plus  loin qu’aucun autre dirigeant israélien avant lui,  pour   satisfaire les exigences des Palestiniens   y compris  sur les questions de Jérusalem, de la Vallée du Jourdain et des échanges de territoires. Il avait  notamment proposé  l’évacuation de 70,000 habitants d’implantations et concédé à titre de   geste de bonne volonté humanitaire,  au  retour de 5000  réfugiés palestiniens (ou de leurs descendants). Cela en dit long sur la conviction d’Olmert  quant à la nécessité pour Israël de faire des concessions douloureuses, et pour qui  connait son  parcours et ses opinions  politiques,  ce courage et cette  détermination à faire la paix  ne peuvent que forcer l’admiration.

Mais à quoi tout cela a-t-il finalement abouti ? Lorsque Olmert a proposé à des dizaines de reprises, lors de ses rencontres avec son homologue palestinien, de signer un document portant sur les concessions qu’Israël était prêt à faire,  Abbas s’y est  toujours obstinément refusé.  Olmert   a pourtant  interprété cela comme une réponse ne signifiant ni oui ni non,  de la  part de Abbas. Mais cette façon de voir les choses   semble  tout compte fait absurde car  en refusant de signer un tel document, Abbas  se prononçait clairement  contre la conclusion d’un accord (de paix avec Israël).

Evidemment Abbas n’était pas disposé, à l’époque, à prendre d’engagement quel qu’il   soit,  mais il était prêt par contre,  à exiger d’Olmert d’incommensurables concessions. Et voilà que les Palestiniens décident  alors  d’interrompre les négociations.  Résultat : lors de la reprise des pourparlers, les  Palestiniens insistèrent  pour que ceux-ci reprennent là où ils les avaient interrompus et aient comme point de départ, les généreuses offres concédées par Olmert, et ce sans  qu’aucune contrepartie ni concession n’ait jamais été accordée  par eux.

Est-ce que j’interprète mal les choses ?  Je ne pense pas puisqu’il s’était déjà  produit exactement la même chose avec  Yossi Beilin en 1995 alors qu’il menait des négociations avec Abbas  (Beilin étant alors vice-ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Shimon Pérès et chargé des pourparlers avec les Palestiniens).  Les négociations avaient alors  débouché sur  d’énormes concessions  de la part des Israéliens,  lesquels avaient demandé  la mise sur papier de ce protocole d’accord  qui,  pensaient-ils,  pourrait servir   à l’élaboration d’un accord final.  Mais à ce moment-là aussi, rebelote : Abbas avait refusé   de signer.  L’accord Beilin-Abbas ne vit donc  jamais  le jour et resta lettre morte,  bien que contenant  toutes les concessions accordées par Israël aux Palestiniens.

A Camp David le président américain Bill Clinton excédé par   les esquives palestiniennes avait,  à bout de patience,  fait remarquer à  Yasser Arafat  qu’il torpillait tout effort de paix en rejetant   systématiquement  toutes les offres qu’on lui  proposait.  Il  suggéra  donc au dirigeant palestinien  de   soumettre sa  propre proposition,   mais cette dernière n’arriva jamais sur la table des négociations.

Les Palestiniens n’ont, à aucun moment,   exposé leur vision globale d’un accord,  hormis  évidemment  celle relative aux   questions territoriales. Mais pour tout ce qui est des  autres sujets  ayant  une importance capitale pour Israël,  comme  le renoncement au droit de retour (pour les réfugiés palestiniens), ou toute forme de reconnaissance d’Israël comme Etat nation du peuple juif,   la direction palestinienne a toujours clairement opposé une fin de non-recevoir et a  toujours vivement rejeté  la position israélienne.  Bien qu’Abbas ait fait savoir qu’il n’avait aucune intention de retourner à Safed, il a toujours  déclaré    que les Palestiniens ne pouvaient en aucune manière  renoncer à la loi du retour,   la qualifiant de « droit  individuel ». Abbas comme  Saeb Erekat, négociateur en chef des Palestiniens, ont  toujours  rejeté en bloc tous les appels à la reconnaissance d’Israël comme  Etat nation du peuple juif,  invoquant   pour se faire l’axiome de base des Palestiniens selon lequel les Juifs forment une communauté religieuse, non pas une Nation.

Le refus systématique d’Abbas de signer quelque document que ce soit,  que ce soit  avec Olmert  ou avec Beilin,  prend donc toute sa signification  , à savoir ;  nous n’avons pas de partenaire pour les négociations mais en revanche eux  (les Palestiniens)  sont un excellent partenaire pour  mener des discussions visant à   extorquer d’Israël   davantage et plus encore de concessions et  bien  s’assurer  à  les coucher  sur papier .   Puis, sous  un prétexte ou un autre, voilà qu’ils recourent à leur vieux bon stratagème  qui consiste à refuser de signer  quelconque accord  et mettre fin  aux  négociations  pour mieux les reprendre là  où  elles s’étaient arrêtées, à savoir, là  où les palestiniens   avaient réussi à engranger des  concessions  arrachées à Israël  et ce, sans avoir cédé, de leur  côté,  le moindre iota  de concession.

Dans certains cercles, de nos jours, il n’est pas bon de dire du bien de Ehud Barak, pourtant bien avant tout le monde il avait compris le mode opératoire des Palestiniens. Ses déclarations, à Camp David en 2000, selon lesquelles Arafat avait montré son vrai visage  lors de ces négociations, avaient  été accueillies par des haussements de sourcils  et beaucoup de méfiance.  Barak  était venu au sommet de Camp David avec la sincère conviction qu’en acceptant de faire de douloureuses et majeures  concessions mettant en péril   sa carrière politique,  il faisait le bon choix et que  cela porterait ses fruits.  Mais quand il s’est rendu compte que les Palestiniens n’avaient nulle intention de céder d’un pouce  sur quoique  ce soit et que  leur seule préoccupation   lors de  ces discussions était d’extorquer encore et plus de compromis de la part d’Israël,  Barak a enfin  vu clair dans leur  jeu et en a tiré les conclusions qui s’imposaient.

On peut évidemment comprendre Olmert et Beilin qui se sont pris au jeu du processus de paix dont ils étaient à la tête, le défendant  bec et ongles souhaitant   le  voir aboutir et être couronné   de succès coûte que coûte. Mais leur plein   engagement  dans ce processus,  rendit  Olmert et  Beilin  quelque peu aveugles et cette cécité les empêcha de distinguer   ce que tout un chacun voyait clairement  venir,  à savoir  l’acheminement vers un  fiasco total.  C’est un  constat  d’échec qu’il m’est très pénible de faire, d’autant que j’aurais amplement préféré posséder  l’optimisme  inébranlable  mais  dénué de tout   fondement  d’un  Beilin ou d’un Olmert !

Si le même phénomène venait à se reproduire durant ce  nouveau round de négociations,  Israël devrait alors préparer une alternative à un accord global, accord qui s’avère être actuellement quasiment  inaccessible.   Israël devrait donc  être en mesure  de soumettre une proposition sérieuse   visant à  parvenir  à   des accords provisoires ou partiels et  par ailleurs se préparer  à  prendre des mesures unilatérales et notamment  mettre un point  final  aux projets de construction dans les territoires controversés.

En conclusion il faudra qu’il Israël montre qu’à défaut d’un accord final qui aurait eu le mérite de mettre officiellement fin au conflit l’opposant aux Palestiniens, il lui est possible   de trouver des solutions alternatives destinées pour le moins  à réduire  les antagonismes et apporter des changements positifs  significatifs  entre les deux peuples, à l’instar de ce qui se passe  actuellement à Chypre, au Kosovo et en Bosnie.

Pour l’heure il faudra donc se contenter d’une cautérisation de la  plaie….

Quelques mots sur  Schlomo AVINERI

Shlomo Avineri est né en Pologne  en 1933 –  politologue et historien israélien, idéologue social-démocrate, professeur de sciences politiques à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Entre 1975 et 1977 il fut directeur général du ministère des Affaires étrangères d’Israël, où officiait alors  Yigal Alon (dans le gouvernement  dirigé par le Premier Ministre, Itzhak  Rabin).

Il fut membre du National Democratic Institute, lauréat du Prix Israël (1996) et membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres depuis 2012.

Spécialiste  de Karl Marx et Hegel.

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  1. Kodem Kol
    4 mars 2014 à 1705 47

    C’est assez amusant parce que je suivais et comprenais le raisonnement de Shlomo Avineri jusqu’au 11ème paragraphe… Tout y était très clair et cohérent… Mais il semble qu’à partir du 12ème paragraphe, Shlomo Avineri se soit pris les pieds dans le tapis et se soit lamentablement vautré, la tête la première….

    Sa conclusion abracadabrante est tout aussi surprenante que navrante.

    De mon côté, je demeure convaincu que ces accords « paix contre territoires », ou « paix contre libération des prisonniers terroristes palestiniens » ou « paix contre le droit du retour » (et non la loi du retour comme le dit de manière erronée Shlomo Avineri -la « loi du retour » est la loi israélienne qui permet la ‘alya, le « droit du retour » est le droit réclamé par l’AP pour permettre aux Arabes ayant quitté le pays le temps pour l’Egypte de Nasser, les 5 armées arabes et le ‘haj ‘Amin al ‘Husseyni, d' »en finir une fois pour toutes avec les Juifs », temùps qui s’éternisa puisqu’Israël, contre toute attente gagna !- ,etc… Bref, plutôt que le concept « Paix contre ceci » ou « paix contre cela », qui fait qu’au final les Israéliens donnent tout mais n’ont jamais la paix (bien au contraire !), mieux vaut faire un deal plus sérieux et plus honnête « Paix contre Paix », car LA PAIX, CA SE FAIT A DEUX, JAMAIS SEUL ! Si seule l’une des deux partie veut la paix et l’autre veut autre chose (« les territoires », « les prisonniers », « les « réfugiés » », etc…), par essence, CELA NE PEUT JAMAIS FONCTIONNER !

    Et puis, je ne crois pas qu’il soit stratégiquement très malin de céder quelque territoire que ce soit. Ça fait 21 an qu’Israël essaie, et plus il essaie, plus il est menacé !

    Gaza, certaines zones de Judée et de Samarie,… Si Israël laisse les Palestiniens contrôler des zones du pays, cela crée des zones de non droit où se développent en toute tranquillité et impunité des organisations terroristes et des réseaux terroristes qu’Israël ne peut pas démanteler puisqu’il n’en a plus le contrôle !

    Enfin, il serait grand temps de revenir à une situation plus ferme et logique : les accords passés avec l’OLP en 1993, les accords d’Oslo, impliquaient des concessions de la part des Palestiniens, concessions qu’ils n’ont JAMAIS mis en pratique. Un accord, c’est du donnant-donnant, si les Palestiniens ne remplissent pas leur part du contrat, alors il n’y a plus de contrat ! Israël récupère donc Gaza, la Judée et la Samarie.

    Et puis je ne crois pas en la solution idiote « Deux Etats pour deux peuples ». La meilleure façon d’assurer la sécurité d’Israël est de détruire tout ce qui divise, mais de favoriser le développement commun, la découverte, la cohabitation et de créer, non pas un contexte de séparation mais d’union, d’oeuvrer concrètement pour permettre aux Arabes et aux Juifs de vivre ensemble dans l’Etat d’Israël (Etat juif, c’est son identité).

    Rien n’empêche les Arabes mécontents de manifester (mais sans pierres, sans bombes, sans fusils et sans couteau, sinon c’est direction la prison !).

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