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LIEBERMAN : SIGNER DE FUTURS ACCORDS DE PAIX AVEC DES PEUPLES ET DES ETATS, ET NON AVEC DES DIRIGEANTS

 

Traduction de l’Hébreu : Betty HAREL

Nous vous présentons  les principaux  extraits du discours de Avigdor Lieberman – ministre israélien des Affaires étrangères, tenu  lors de la conférence annuelle des ambassadeurs à Jérusalem, le dimanche 5 janvier 2014 :

1)    Les relations avec les Etats-Unis 

Sans nul doute,  notre coopération  avec les Américains  constitue le fondement  sur lequel se construit  toute la  politique étrangère  d’Israël.  Il n’est guère nécessaire de détailler, les choses sont claires. Il faut comprendre que les Etats-Unis doivent aujourd’hui faire face à de trop  nombreux défis : la Corée du Nord, le triangle Chine-Japon -Corée du Sud, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Lybie, l’Egypte. Par ailleurs (les Etats-Unis sont confrontés à leurs propres)  problèmes intérieurs : le budget, la loi sur la santé, l’immigration etc… Il faut penser non seulement  comment  se faire aider par les Etats-Unis mais aussi comment un petit pays,  Israël, peut aussi aider les Etats-Unis. Comment pourrions-nous développer de nouvelles orientations,  non à la place des Américains mais en complémentarité avec eux…

2)    Les nouveaux vecteurs de la politique étrangère d’Israël et plus particulièrement en Afrique, mais pas uniquement.

Actuellement  nous sommes  malheureusement trop souvent assimilés à la guerre, au  terrorisme, au  problème palestinien, à l’Iran.  Des sujets  pesants, graves et pas très optimistes.  A ma grande joie, le nom d’Israël  est, ces dernières  années, aussi  associé  au nom de « Nation Start-Up ».  Mais cela n’est guère suffisant. Nous devons mener  davantage de projets environnementaux, faire valoir  nos capacités et  apporter notre contribution   à la communauté internationale, plus spécialement aux  pays précaires,   aux prises avec les  problèmes de pauvreté, de faim,  de pénurie d’eau etc…. Je pense que nous devrions  faire en 2014, ce que nous avons déjà fait dans les années 60,  c’est-à-dire envoyer nos meilleurs émissaires en Afrique et tenter d’être les premiers à résoudre les  problèmes et non plus à les  créer. 

3)    Le dossier du nucléaire iranien

Ces deux problèmes qui, de tradition, nous préoccupent  depuis de longues années et  nous préoccuperont malheureusement  cette année encore  mais aussi  les années à venir.

En ce qui concerne l’Iran, les choses sont claires et connues mais il est important de préciser  certains points.  A l’heure où  nous tenons cette conférence, les centrifugeuses continuent de tourner et d’ enrichir l’uranium et il est même prévu de remplacer les vielles centrifugeuses par de nouvelles, plus modernes,  capables de  produire 5 fois plus d’uranium  que les anciennes. La plupart des pays qui produisent de l’énergie nucléaire civile n’ont guère besoin d’uranium enrichi. Par exemple  en Iran même la centrale nucléaire de Bushehr fonctionne grâce au combustible nucléaire fourni  par les Russes.  Le réacteur de recherche de Téhéran – TRR  (Téhéran Research Reactor)   fonctionnant  à l’uranium enrichi  à 20 %, lequel   leur avait été   fourni  par l’Argentine dans les années 90.  Buenos-Aires leur avait alors livré115 kg d’uranium enrichi.    Jusqu’à ce jour  l’Iran  a réussi à enrichir par lui-même plus de 200 kg d’uranium,   quantité  qui  pourrait leur suffire à  faire fonctionner le TRR jusqu’en 2050.  Par conséquent on ne peut que tomber d’accord avec l’expert  américain Bob Einhorn qui a déclaré que l’exigence des  Iraniens d’enrichir une telle quantité d’uranium à un taux  de   20 % pour produire  de l’électricité, pourrait s’apparenter au recours  d’un  couteau de commando ayant une lame de  30 cm pour étaler de la confiture sur une tranche de pain.   Par ailleurs, la construction du réacteur  plutonigène  d’Arak ne nécessitant pas   d’uranium enrichi, les Iraniens ont prétexté avoir besoin de produire et stocker de grandes quantités d’uranium enrichi pour les   nombreuses futures centrales   nucléaires    qu’ils   comptaient  construire à l’ avenir. Cette affirmation   s’apparente  à  invoquer le prétexte stupide  de vouloir  construire, près de chez soi, une station d’essence pour  un    véhicule  qu’on  acquerrait éventuellement d’ici  une vingtaine d’années.

L’implication de l’Iran dans le terrorisme, l’aide active qu’il fournit  au Hezbollah et  à la Syrie,  nous indiquent  clairement la nature  du régime (auquel nous avons  affaire).  L’Iran est resté le même pour tout ce qui  a trait aux  droits de l’Homme  – L’Iran occupe la  2ème  place   mondiale pour ce qui est des  exécutions, et ce,  en chiffres absolus  et la première  si l’on parle en termes d’exécutions par  tête .  En 2013 par exemple, l’Iran a exécuté  plus de 600 personnes dont 367  depuis l’élection de Rohani en juin dernier.

Parmi ces exécutés,  on dénombre des jeunes d’à peine 18 ans, condamnés à mort pour des délits commis alors qu’ils étaient mineurs –  l’Iran ayant  attendu qu’ils atteignent l’âge de 18 ans pour les exécuter.   Bref, avec ou sans sourire l’Iran reste l’Iran.   Nous suivrons donc avec attention,  la mise en application de l’accord de Genève conclu avec les Iraniens.  Mais en fin de compte la sécurité  des citoyens et l’avenir  d’Israël    ne relève que   du gouvernement israélien. Et nous n’hésiterons pas à prendre les décisions qui s’imposent  en fonction des  développements  et des résultats  constatés.

4) Le dossier palestinien

En ce qui concerne les Palestiniens,  je me garderai de revenir sur les clichés habituels. Tout ce qui s’est passe à Camp David avec  Ehud Barak, Bill Clinton et Yasser Arafat, le désengagement, Annapolis etc…  Je m’exprime comme quelqu’un  ayant déjà  dit  clairement,  avant même  les élections  de 2009, que je suis pleinement en faveur d’un règlement politique global, réel et durable.  Et ce,  même en dépit des   doutes qui m’assaillent quant aux intentions  réelles du côté  palestinien ;  je pense que le dialogue entre nous est essentiel. Même si nous ne sommes pas d’accord, même si nous ne  nous faisons pas trop  confiance les uns les autres,  continuer à  dialoguer et  vivre  ensemble de manière supportable sont d’une importance capitale.  C’est pourquoi je tiens à  saluer sincèrement les  efforts  déployés par le secrétaire d’Etat John Kerry qui,  nuit et jour,  s’investit et se dépense sans compter   pour  tenter de mettre un terme au conflit israélo-palestinien.  Il n’est donc guère possible de dédaigner  les efforts mêmes  de Kerry ; on ne peut fermer les yeux sur les questions essentielles pour nous,  telles qu’elles sont rapportés dans  les medias, comme les arrangements sécuritaires, la reconnaissance d’Israël  en tant qu’Etat du peuple juif.  Je suis parfaitement conscient que ceux sur la scène  internationale  nous ayant  déjà  proposé des solutions alternatives, n’ont jamais  présenté de telles   positions claires et courageuses pour résoudre ces deux questions cruciales. C’est pourquoi je tiens une fois de plus  à souligner  que Kerry  mérite notre plus profonde estime.

Je ne vous cache pas que j’ai  eu et ai encore quelques contacts et discussions avec  diverses personnes de l’autre bord, notamment avec des Fellahs  (fermiers/agriculteurs)  habitant non loin de mon village Nokdim et  y travaillant. J’ai notamment  discuté avec des gens proches de Abou Mazen mais aussi avec certains de  ses détracteurs.  Je tiens  à signaler que nul ne se fait d’illusions. Le chemin sera long et difficile et nous ne sommes malheureusement pas encore  près du but.

5)    Accord avec les Palestiniens – le jour d’après …

Il est important de penser non seulement à la signature d’un accord mais aussi au jour d’après  cet accord.  Comment influera  l’  Etat palestinien  indépendant sur les Arabes d’Israël qui se définissent eux-mêmes comme palestiniens ? Comment sera-t-il  possible de faire face  aux pressions intérieures   comme extérieures ?  La signature d’un accord avec les Palestiniens mettra-t-elle  fin aux pressions exercées par la communauté internationale sur Israël ? Ou, sous le prétexte de ce qu’ils appellent les  «colonies » et « l’occupation », continuerons-nous à faire l’objet d’attaques  incessantes sur des questions telles que le règlement de l’implantation des Bédouins dans le Néguev,  ou le renforcement de l’implantation juive en  Galilée ?  On sait déjà les personnes et organismes qui s’y préparent. Ces mêmes organismes et personnes  qui précisément  nous attaquent  aujourd’hui sur les questions d’implantations juives en Judée-Samarie et en Galilée, préparent déjà  le terrain  en vue de soulever  les sujets qui fâchent et que je viens de mentionner.  Ils n’ont nullement l’intention de nous accorder un moment de répit et de nous faire confiance sur un règlement avec les Palestiniens,  mais ils comptent continuer à nous harceler et faire pression sur nous sur d’autres questions.

Selon moi, les conditions d’un accord global avec les Palestiniens doivent aussi inclure le règlement du problème des Arabes d’Israël. Je  sais que ce n’est ni politiquement correct ni de bon ton mais sans   échanges de territoires et de populations, mon parti  « Israël Beytenu »  n’acceptera   aucun règlement.  Quand on parle d’échanges de territoires, il convient d’ajouter  aussi échanges de populations.  Il ne s’agit en aucun cas de transfert, comme par exemple l’implantation  de populations juives à  Goush  Katif. Nul ne sera expulsé   de sa maison ni spolié de ses biens, il s’agit tout simplement de déplacer la frontière.  Si quiconque pense que je fais allusion au triangle et à  Wadi Ara,   en effet je fais  bien allusion  au  triangle de Wadi Ara.  Il n’y aucune raison que les Arabes israéliens ne  rejoignent pas  leurs frères palestiniens pour être sous pleine souveraineté palestinienne et qu’ils  ne deviennent pas citoyens à part entière du futur Etat palestinien auquel ils aspirent tant.

Je n’accepterai aucune revendication du  droit de retour en terre d’Israël, pas même pour une seule personne. Le seul maintien de cette option, même en théorie ou de manière restreinte,  risque de constituer un point de pression.  Je ne suis pas sûr que les prochains gouvernements puissent résister aux pressions extérieures.  Il faut comprendre que depuis la signature des accords d’Oslo (en septembre 1993),  plus de 10.000  Palestiniens sont revenus vivre en Israël  sur la base de la réunification des familles et plus de 100.000  sont arrivés en Judée-Samarie en provenance de Jordanie  et d’autres pays arabes dont près de  50.000  se sont vus accorder des cartes d’identité palestiniennes, concrétisant ainsi leur droit de retour en Judée-Samarie. Les  50.000 autres se sont retrouvés  dans cette région  sans avoir eu l’accord  des autorités pour  recevoir des cartes d’identités palestiniennes.  J’ai bien vérifié toutes ces données avec l’appareil de sécurité  et c’est ainsi que se présente la situation.

Quand je parle du jour d’après …. , imaginez-vous un Etat palestinien indépendant qui ne doive plus nous demander l’autorisation d’accueillir  des réfugiés palestiniens sur son  territoire et libre de délivrer autant  de cartes d’identité palestinienne  que bon lui semble … Que risque-t-il de se passer ?

A ce jour, près de 2,4 million de Palestiniens vivent en Judée-Samarie. En Jordanie on compte près de 2, 034,641de  Palestiniens,  au Liban 440,543 et en Syrie 449, 189. Ce qui signifie qu’hors Judée-Samarie et Gaza,  vivent plus de 3 millions de Palestiniens qui, dès la création d’un Etat palestinien voudront revenir en Judée-Samarie.  Ne reviendront certainement pas  les Palestiniens ayant réussi à se faire une situation  en Arabie-Saoudite ou dans les Emirats.  Par contre, ceux qui voudront revenir à savoir les Palestiniens vivant au Liban, en Syrie,  risquent d’être rejetés par  les autorités de ces deux pays qui  n’attendent que de voir la création d’un Etat palestinien   et  ne s’en cachent guère. Ils ne laisseront pas aux Palestiniens qui vivent dans leurs frontières, d’autre choix ou alternative que de les renvoyer  chez eux par le premier avion.

Anticipons encore  … Comment l’économie de la Judée-Samarie    qui ne ressemble en rien à celle de la Suisse ou de la Norvège,   pourrait-elle absorber 3 millions de Palestiniens supplémentaires ?  Où habiteraient- ils ?  Où travailleraient- ils ?  Comment mangeraient- ils ?  Quelles en seraient les conséquences sur Israël ?

J’en conclus, compte tenu de tous les évènements se déroulant dans notre région,  y compris en Lybie et en Irak,  qu’il vaut mieux toujours  penser au jour d’après.

6)    Relations avec les pays voisins d’Israël

Je voudrais à présent évoquer  trois autres sujets méritant aussi   d’être abordés :

La région proche de nous ou en d’autres termes  les pays voisins – quand je parle des pays voisins  je fais allusion à la Turquie, l’Irak, la Lybie, le Soudan. Dans ce contexte, il m’est  impossible  de ne pas évoquer les contrebandes  d’armes venant de Lybie ou du Soudan vers la bande de Gaza, mais aussi celle  venant de pays limitrophes  et de pays avec lesquels nous avons des contacts  plus ou moins proches  – A ce propos  nous devons aussi tirer les enseignements du  passé. La principale erreur que nous ayons commise dans le passé lorsque nous concluions des accords avec certains pays de la région est   d’avoir  signé ces accords uniquement   avec des dirigeants et non avec des  peuples ou des Etats. C’est ainsi qu’une  situation  étrange  est apparue : d’un côté,  nous entretenions  des relations diplomatiques avec ces pays et d’un autre,  nous retrouvions  la même haine unanime  et la même incitation à la haine à l’encontre  d’Israël,  émanant de nombreuses couches de la population , qu’elles fussent    libérales ou religieuses radicales. On nous dit chaque fois qu’il faut prendre en considération la réalité et ne pas tenir compte  de la haine et de l’incitation à la haine dans ces pays, ni  des positions anti-israéliennes que ces pays véhiculent dans tous les forums internationaux.  L’essentiel nous dit-on encore,  est d’avoir une coopération  convenable  en matière de sécurité avec ces pays  et qu’il faut tenir compte de leurs  difficultés intérieures – mais cela, je le dis haut et fort, c’est  pour moi inacceptable. On  ne doit en aucun cas accepter le statut de « maitresse » pour reprendre la formule de Meir Dagan (ancien chef du Mossad) qui comparait Israël  à une maitresse dont  tous les pays de la région   jouissaient  mais avec laquelle   aucun d’entre eux ne voulait reconnaitre avoir des relations.

Nous devons exiger des contreparties sur le plan politique et pas seulement sur le plan sécuritaire.  Quand nous signons un   accord de paix, nous devons nous assurer que nous le faisons avec un Etat. Ce doit être des traités de paix  entre peuples et non  avec des dirigeants.  Les accords de paix signés uniquement avec des dirigeants ne sont ni stables ni durables. Leurs dirigeants ne voient guère la nécessité de les expliquer au peuple ni ne sont  désireux d’affronter leur  hostilité. Les dirigeants tentent, à contrario,  de cacher  leurs  relations avec Israël et de les réduire au strict minimum.

Nous devons par conséquent revoir  si c’est bien cela  que nous voulons aujourd’hui et si c’est bien la bonne  méthode.

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