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Archives de la catégorie ‘Presse française’

Shopping américain en Israël

Paru dans Le Nouvel Observateur, le 16 Mai 2013

Par Dominique Nora

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NO 17.5

Erdogan presse l’Amérique d’agir en Syrie

Paru dans Le Figaro, le 17 Mai 2013

Par Adèle Smith

Barack Obama et Recep Tayyip Erdogan, jeudi, avant leur conférence de presse commune à la Maison-Blanche.

L’intense ballet diplomatique en prévision d’une éventuelle conférence internationale sur la Syrie, qui devrait se tenir à Genève en juin, s’est poursuivi jeudi à Washington, où Barack Obama a reçu le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Il continuera ce vendredi à Sotchi avec la rencontre entre le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et le président russe Vladimir Poutine. Mais à la Maison-Blanche, si les alliés américain et turc partagent peu ou prou le même but - une Syrie sans Bachar el- Assad,-, Barack Obama et Recep Erdogan divergent sur les moyens d’y parvenir. Le premier a peu d’appétence pour un engagement autre que diplomatique alors que le second vient lui demander précisément le contraire.

Quelques jours après le double attentat meutrier  dans le sud de la Turquie, attribué par Ankara au régime syrien, Recep Erdogan est arrivé avec une longue liste de requêtes. Il a tout d’abord demandé à Barack Obama d’honorer ses engagements sur la «ligne rouge» qu’il a lui même fixée en cas d’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. Le premier ministre turc devait en apporter des «preuves» au président américain mais pour les experts, il ne fallait pas s’attendre à grand-chose en retour d’un président qui, ces derniers temps, s’est montré très évasif sur le sujet.

Autres demandes au menu de la rencontre: la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, d’une zone tampon à la frontière entre les deux pays et l’armement de l’opposition. Autant de sujets sur lesquels Barack Obama refuse de s’engager.

Concession de Washington

En guise de réponse, celui-ci devait au contraire tenter de convaincre son homologue d’accepter la voie de la diplomatie et de se joindre aux efforts menés depuis la semaine dernièrepar les Etats Unis et la Russie,. «Il reste à voir comment Erdogan réagira à une idée à laquelle il s’est spécifiquement opposé avant son départ», note Bulent Aliriza, du Center for Strategic and International Studies. Erdogan a été le premier chef d’État à demander le départ du pouvoir d’el-Assad en novembre 2011.

Les contours de la conférence baptisée «Genève 2», sur laquelle les diplomates onusiens sont sceptiques, sont encore très vagues.Ban Ki-moon  présiderait une réunion ministérielle qui serait suivie de négociations entre le pouvoir syrien et l’opposition, sous la présidence de l’émissaire Lakhdar Brahimi. La conférence reprendrait les principes de celle qui a échoué en 2012 – la création d’un gouvernement transitoire en attendant des élections -, mais cette fois-ci les États-Unis pourraient ne plus s’opposer à la participation de l’Arabie saoudite et de l’Iran, voulue par la Russie, selon un diplomate des Nations unies qui suit le dossier de près. Il s’agirait d’une concession énorme de Washington à Moscou, si elle est confirmée. Toute la difficulté réside dans le choix d’interlocuteurs acceptables par chacune des deux parties, ainsi que dans le sort réservé à Assad. Les négociations en cours sont intenses des deux côtés.

Mais à l’ONU , on craint que cette conférence internationale ne fasse le jeu de Bachar el-Assad. «Les Russes et leur allié syrien tendent en quelque sorte un piège à l’opposition, qui a déjà perdu une partie de sa crédibilité. Si elle refuse de participer ou si elle quitte la table des négociations, ils la rendront responsable de l’échec», souligne un diplomate occidental, qui rappelle que la stratégie internationale de la Syrie est de présenter les membres de l’opposition comme des terroristes.

Le diplomate reconnaît aussi que, pour les États-Unis, cette conférence est un moyen de faire diversion et ne plus parler, au moins pendant un certain temps, d’action militaire. «Il y a une chance sur cent pour que cette conférence aboutisse à un résultat, mais nous savons aussi que l’alternative est l’effondrement du pays, une guerre civile encore plus grave, le massacre des alaouites et l’exil des chrétiens, alors autant essayer de saisir cette chance», dit-il.

Israël met en garde la Syrie contre les envois d’armes au Hezbollah (New York Times)

 16 mai 2013 (AFP)

 

ישרוד בשלטון? נשיא סוריה, בשאר אסד (צילום: סוכנות הידיעות הסורית)

 

 

Israël a mis en garde la Syrie contre la poursuite des envois d’armes sophistiquées au militants islamistes du Hezbollah, laissant entendre qu’il envisageait de nouveaux raids aériens pour empêcher ces transferts, selon le New York Times de jeudi.

"Israël est déterminé à poursuivre ses efforts pour empêcher les envois d’armes sophistiquées au Hezbollah. Le transfert de telles armes au Hezbollah va déstabiliser et mettre en danger l’ensemble de la région", a déclaré un responsable israélien au quotidien new-yorkais.

"Si le président syrien Bachar al-Assad réagit en attaquant Israël, ou essaie d’atteindre Israël par le biais de terroristes, il mettra en danger son régime car Israël répondra", a ajouté ce responsable qui a contacté le journal mercredi mais n’a pas souhaité être identifié.

Un haut responsable du ministère israélien de la Défense Amos Gilad et le vice-ministre des Affaires étrangères Zeev Elkin ont refusé de confirmer ou de démentir ces menaces lors d’interviews jeudi matin à des radios israéliennes.

"Il est inutile de commenter ce genre d’information", s’est borné à affirmer Amos Gilad.

Selon les médias israéliens, les dirigeants israéliens souhaitent éviter de donner l’impression de prendre partie dans la guerre civile entre le régime du président Assad, et les insurgés, qui comptent dans leurs rangs des groupes islamistes.

Israël a déjà mené deux raids aériens en début de mois près de Damas, des attaques destinées à empêcher l’envoi d’armes au Hezbollah, la milice libanaise alliée de Bachar al-Assad.

Cette nouvelle mise en garde israélienne intervient deux jours après que le président russe Vladimir Poutine a appelé à éviter tout acte risquant de déstabiliser la Syrie. M. Poutine s’était exprimé après une entrevue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Sotchi (sud de la Russie).

La visite en Russie de M. Netanyahu faisait suite à la confirmation par Moscou de son intention de livrer au régime de Damas des systèmes sol-air sophistiqués S-300, capables d’intercepter en vol des avions ou des missiles guidés.

L’installation d’un tel système de défense sol-air compliquerait fortement toute nouvelle frappe israélienne, et tout projet des Etats-Unis ou de leurs alliés d’établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie ou d’intervenir pour sécuriser ou démanteler des armes chimiques.

L’opposition israélienne appelle Abbas à reprendre les négociations

12 mai 2013 (AFP)

 

 

פגישה בארבע עיניים. יחימוביץ' ואבו מאזן

 

 

La chef de l’opposition travailliste au Parlement israélien a appelé dimanche le président palestinien à reprendre les négociations de paix, lors d’une rencontre à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Shelly Yachimovich et le président Mahmoud Abbas ont discuté des "perspectives de progrès politiques" entre Israël et les Palestiniens, selon un communiqué du bureau de la dirigeante travailliste israélienne.

"Le parti travailliste est très attaché au processus de paix et à la solution à deux Etats", a déclaré Mme Yachimovich au président Abbas.

"C’est maintenant le moment de répondre aux efforts américains de médiation pour relancer les pourparlers", a affirmé Mme Yachimovich selon le communiqué.

Elle faisait allusion notamment à la rencontre récente du secrétaire d’Etat américain John Kerry avec une délégation de la Ligue arabe à Washington et aux visites de responsables américains, dont le président Barack Obama, en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Le secrétaire d’État américain tente de relancer le processus de paix israélo-palestinien, dans l’impasse depuis 2010, et doit se rendre pour la quatrième fois dans la région les 21 ou 22 mai pour rencontrer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu et le président Abbas.

Mme Yachimovich a aussi indiqué lors de sa rencontre avec M. Abbas qu’elle avait assuré le Premier ministre israélien du soutien du parti travailliste, principale formation d’opposition, en cas d’"initiative importante vers une solution politique avec les Palestiniens", selon le communiqué.

A l’issue de son score décevant lors des élections législatives de janvier (15 députés), Mme Yachimovich avait été critiquée au sein même de son parti, historiquement la plus grande formation de gauche israélienne, pour ne s’être pas exprimée suffisamment sur le dossier israélo-palestinien et s’être focalisée sur les questions socio-économiques.

Le réalisateur Zaid Doueiri affirme que la Ligue arabe veut interdire la diffusion de son dernier film

 

10 mai 2013 (AFP et Le Monde)

 
film

 

Le réalisateur libanais Zaid Doueiri a déclaré vendredi que la Ligue arabe avait décidé d’interdire la diffusion de son dernier film, "L’Attentat", dans les 22 pays membres de l’organisation, une décision qu’il qualifie de "ridicule", dans un entretien à l’AFP à Paris.

Cette décision intervient après celle du gouvernement libanais fin avril, à la demande du bureau de boycottage d’Israël rattaché à la Ligue arabe.

"Ils ne veulent pas que le film sorte car Zaid Doueiri a mis les pieds en Israël et tourné avec quelques acteurs israéliens", a-t-il expliqué, reconnaissant de ce fait avoir enfreint une loi libanaise datant de 1955.

"Ils n’ont même pas vu le film! Je trouve cela dément, insultant", a confié le réalisateur de 49 ans, qui possède également un passeport américain.

Zaid Doueiri a annoncé par ailleurs avoir pris rendez-vous le 22 mai avec la ministre française déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui.

"Le Liban veut montrer au monde qu’on est une société démocratique, qu’on respecte la liberté d’expression, qu’on fait partie de la francophonie, mais en fait (les décisions des autorités, ndlr) contredisent leurs actes", a-t-il jugé.

Le film "L’Attentat", tiré du best-seller de l’écrivain algérien Yasmina Khadra, raconte l’histoire d’un médecin israélien d’origine arabe qui découvre que sa femme est l’auteur d’un attentat suicide à Tel-Aviv.

Ce film a été salué dans plusieurs festivals, notamment au Maroc et à Dubai.

Le réalisateur a dit également qu’il "n’abandonne pas la bataille car c’est une question de principe, pas d’argent". "Je retournerai au Liban en juin", a-t-il affirmé. "Je m’en fous, je vais me battre contre ces +cons+ car ce film doit être vu par les Arabes", a-t-il ajouté.

"Il y a trois jours, on a voulu organiser une projection non officielle à Beyrouth avec des amis, de la famille et quelques journalistes pour qu’ils le voient, mais les autorités l’ont su et nous ont menacé de nous arrêter", a également raconté Zaid Doueiri.

Dans ce film, "j’ai essayé de montrer les deux points de vue (israélien et palestinien, ndlr), mais pour les arabes radicaux, ne pas être à 100% anti-israélien, cela veut dire que tu es 100% pro-israélien", a expliqué le réalisateur, selon lequel cette histoire est "universelle et aurait très bien pu se passer en Irlande du Nord".

"L’Attentat" doit sortir le 29 mai en France, le 21 juin aux Etats-Unis et le 13 juillet en Israël.

Facebook prêt à verser 1 milliard de dollars pour l’application GPS Waze

9 mai 2013 (AFP)
צוקרברג. צמא לייצר הכנסות מסלולר
Le réseau social en ligne Facebook est en discussions en vue d’acquérir l’application GPS mobile israélienne Waze, pour un prix pouvant aller jusqu’à un milliard de dollars, affirme jeudi le Wall Street Journal en citant des sources proches du dossier.

Ces sources qualifient les discussions de sérieuses, mais préviennent qu’elles peuvent encore échouer.

Créée en 2008 en Israël, Waze est une application mobile qui est financée par la publicité et associe la cartographie à un aspect social: elle conseille des itinéraires routiers en tenant compte d’informations sur les accidents, les travaux ou les embouteillages fournis par près de 50 millions d’utilisateurs.

Un tel achat permettrait à Facebook d’améliorer son offre dans le mobile, où il essaie de se renforcer, et de mettre un pied sur le marché de la cartographie en ligne.

Ce serait l’une des plus grosses acquisitions du groupe depuis celle l’an dernier de l’application de photos Instagram, pour un prix initialement annoncé à 1 milliard de dollars mais finalement ramené à 747 millions (Facebook avait payé en partie avec ses propres actions dont le cours avait entre-temps baissé).

Facebook n’a pas voulu faire de commentaire.

L’improbable internationalisation du conflit syrien

Paru dans Le Figaro, le 9 Mai 2013

Par Frederic Encel

TRIBUNE – Frédéric Encel, spécialiste  de géopolitique*, ne croit pas  à un embrasement  du Proche-Orient.

À force d’agiter le spectre de l’extension de la guerre civile syrienne, on finit par le voir dans chaque fait nouveau et, en l’espèce, dans les récents raids israéliens près de Damas. Or pour plusieurs raisons et sur deux niveaux d’analyse géopolitique, le scénario d’une internationalisation du conflit syro-syrien ne se produira pas.

D’abord, au plan régional, aucun des voisins de la Syrie ne souhaite s’impliquer militairement dans la chute de Bachar el-Assad. Certes, Israël pourrait rêver d’un voisin plus chaleureux, mais outre qu’il a la grande qualité d’être prévisible, celui-ci n’a jamais perpétré la moindre agression contre l’État juif, sachant le rapport de forces très défavorable. En revanche, une fois au pouvoir à Damas, un pouvoir islamo-nationaliste pourrait tenter d’utiliser Israël comme ciment national en lui cherchant noise. De fait, jamais ce pays – jusques et y compris ses raids, ayant surtout visé des entrepôts de missiles iraniens en transit vers le Hezbollah – n’a cherché la chute du régime syrien.

En Turquie, le premier ministre Erdogan en est pour sa part réduit à jouer les matamores contre son ancien «frère, ami et allié» Assad, rétropédalant depuis le début de la répression en 2011 afin de montrer qu’il soutient finalement les peuples arabes en lutte, et surtout de masquer la criante impuissance turque dans la crise! Kurdes syriens armés rendus autonomes par Assad aux confins syro-turcs, avion Phantom F4 abattu et postes-frontières détruits par les canons syriens, rebelles attaqués en territoire turc, impossibilité de riposter à cause du refus américain ; la fameuse «montée en puissance turque» relève décidément d’une chimère…

Au sud, la faible Jordanie hachémite accueille bien des réfugiés sur son sol, mais le roi Abdallah, quoique sunnite, verrait d’un mauvais œil l’avènement des Frères musulmans à sa frontière septentrionale, lui qui – pragmatique, modéré et en paix avec Israël – affronte déjà une vive opposition islamiste au sein de son fragile royaume bédouin.

Quant au régime irakien à l’est, à forte dominante chiite depuis la chute du dictateur sunnite Saddam Hussein en 2003, il subit une rébellion sunnite de plus en plus dure et craint un pouvoir syrien qui, devenu sunnite, soutiendrait sans doute ses «frères» en Irak.

Restent l’Arabie saoudite et le Qatar. Bien que non contigus à la Syrie, ils militent financièrement pour la chute du laïc et alaouite (chiite) el-Assad, escomptant son remplacement par un pouvoir non seulement sunnite mais ultraconservateur qui leur ressemblerait. Or si les chars et les hélicoptères de combat saoudiens se révélèrent très efficaces face aux femmes et aux enfants chiites de Bahreïnen révolte (2011), ils ne seront pas employés contre l’armée syrienne, autrement redoutable…

Face à ces États qui n’agissent pas par crainte ou par conviction, Bachar el-Assad dispose pour sa part du soutien respectivement financier et militaire direct de ses deux alliés chiites, l’Iran et le Hezbollah libanais voisin. Ensuite, au plan mondial cette fois, la «partie» syrienne rappelle un peu la guerre froide, lorsque les grands évitaient soigneusement de s’affronter.

D’un côté, échaudées par l’intervention occidentale en Libye (printemps 2011), qui s’acheva, en dépit des engagements pris, par la chute de Kadhafi, Moscou et Pékin soutiennent Damas au nom du sacro-saint principe de la souveraineté étatique. Cette position se maintiendra d’autant plus que pour la Russie, l’alliance militaire syrienne est à la fois très ancienne (1953!) et unique dans tout le bassin méditerranéen (équipements militaires, mouillage de l’escadre au port de Tartous, etc.). Depuis deux ans, tant au niveau diplomatique (vetos au Conseil de sécurité) que sur le terrain (approvisionnements massifs en armements lourds), Vladimir Poutine exprime un soutien à Bachar el-Assad qui ne souffre pas la moindre intervention occidentale directe.

De l’autre côté, justement, les Occidentaux craignent des représailles russes en cas d’intervention ; soit indirectes dans le Caucase, en Iran ou en Asie centrale, soit directes via une vraie confrontation. Cette perspective cauchemardesque explique pour l’essentiel l’attentisme de l’Otan et lestergiversations de Barack Obama. Ainsi, passé les admonestations et menaces françaises, britanniques et américaines à l’endroit du dictateur syrien, l’engagement occidental se borne à une aide médicale et logistique aux blessés et aux réfugiés dans les pays voisins. Pas de quoi inquiéter el-Assad outre mesure, lui qui fanfaronne à chacun de ses rares discours officiels.

Enfin, la Ligue arabe présente un état de faiblesse politique et militaire sans précédent, dû notamment à une division entre sunnites et chiites et aux déstabilisations du printemps arabe, incapable d’adopter une position cohérente sur la crise syrienne et donc de peser sérieusement sur les débats. Même si la Ligue s’étend du Maroc à Oman et comprend 23 États, son impéritie interdit, là encore, de parler d’embrasement international.

En définitive, contrairement à ce qui a été prétendu ici et là, les raids israéliens – accueillis par un silence total du Conseil de sécurité – ne changent pas la donne du conflit syrien ni ne mèneront à un embrasement. Bonne nouvelle pour la paix du monde, mauvaise nouvelle pour la population syrienne, qui risque de subir longtemps encore une guerre civile que rien ne semble pouvoir éteindre pour l’heure…

* Professeur à l’ESG Management School, auteur de l’Atlas géopolitique d’Israël (Autrement, 2012)

La Jordanie se rapproche d’Israël pour contenir la poussée des groupes islamistes radicaux syriens

LE MONDE | 08.05.2013 

Par Laurent Zecchini  

Amman,  envoyé spécial. Si la guerre syrienne opère insensiblement, au grand dam des Frères musulmans jordaniens, un rapprochement entre le royaume hachémite et Israël, c’est que les deux pays ont un ennemi commun : l’Islam radical. A Amman comme à Jérusalem, la crainte de voir des mouvements comme le Front Al-Nosra, lié à Al-Qaida, bénéficier du transfert d’armements sophistiqués, s’est nettement renforcée.

 

Le secrétaire d'Etat à la Défense, Chuck Hagel, à Amman, le 23 avril.

 

Comme les Jordaniens s’inquiètent tout autant de la montée de la guerre civile en Irak, le scénario de la constitution d’un axe extrémiste partant du sud de la Syrie vers l’Irak, passant au travers des gouvernorats de Mafraq et Zarqa, dans l’est du royaume, leur paraît gagner en crédibilité. Cette menace explique le récent déploiement de 200 officiers américains en Jordanie, dont la vocation est de préparer l’envoi éventuel de forces spéciales chargées de sécuriser les sites d’armes chimiques en Syrie, de former des spécialistes jordaniens capables de gérer un tel risque, et d’adresser un avertissement à Damas.

La question des armes chimiques syriennes "est très préoccupante, insiste un conseiller du ministre jordanien des affaires étrangères, car si les Syriens en font un usage massif dans la région de Deraace n’est pas 1 500 ou 2 000 réfugiés syriens par jour qui arriveront en Jordanie, mais 100 000 !""Nous ne pouvons pas prendre le risque de permettre à ces groupes extrémistes syriens d’entrer en possession d’armes chimiques. Si cela se produit, nous agirons", assure-t-il.

LE ROYAUME HACHÉMITE, "VERROU" ENTRE L’IRAK ET LA SYRIE

Notre interlocuteur relativise l’annonce de l’envoi d’un état-major de"précurseurs" américains : la mission américaine à Amman compte 50 personnes, note-t-il, et il y a en permanence au moins 500 militaires sur le sol jordanien, en particulier sur la base aérienne d’Azraq (à 100 km à l’est d’Amman).

Le soutien constant de Washington à Amman s’explique par la situation géostratégique du royaume, considéré par les Etats-Unis et Israël comme un "verrou" entre l’Irak et la Syrie. Entre ces deux fronts, le roi Abdallah II mène un jeu diplomatique périlleux. Officiellement partisan d’une solution politique en Syrie, il ménage le président Bachar Al-Assad, tout en permettant que son territoire serve de zone de transit aux armes à destination de la rébellion. Le gouvernement jordanien ne nie plus, officieusement, que des armes croates, achetées sur fonds saoudiens, aient été transférées aux rebelles syriens, via Amman.

"Le seul problème, note Fahed Al-Khitan, éditorialiste au quotidien Al-Ghadc’est qu’une partie de ce stock est restée en Jordanie, et qu’il est écoulé au marché noir, dans la zone frontalière." Même s’il ne s’agit que d’armes légères, le risque d’une militarisation accrue de la région est réel. Le gouvernement jordanien, assure-t-il, "mène une guerre préventive sur la frontière, en coordination avec l’opposition syrienne modérée, et parfois en coordination avec le gouvernement syrienLe royaume hachémite s’allierait avec le diable pour faire disparaître la menace de l’islam radical."

ZONE TAMPON À LA FRONTIÈRE JORDANO-SYRIENNE

Pour autant, comme le confirme un expert militaire occidental, "les Jordaniens ne sont pas en position de défense active, en tout cas, ils ne veulent pas s’afficher comme tels. Ils se contentent de faire savoir qu’ils considèrent la coopération avec les Etats-Unis comme une assurance-vie". La Jordanie a mobilisé environ 20 000 hommes pour répondre à d’éventuelles incursions frontalières, mais le royaume se garde de toute provocation : lorsque des obus syriens tombent – de plus en plus fréquemment – sur son territoire, Amman n’adresse pas de protestation officielle.

Plusieurs sources confirment qu’une discrète coordination s’est engagée entre le Royaume hachémite, les Etats-Unis, la Turquie et Israël, pour envisager l’après-Assad. La mise en place d’une zone tampon à la frontière jordano-syrienne fait partie de cette réflexion. Un tel projet est encore très aléatoire, notamment parce qu’il suppose l’instauration d’une zone d’interdiction aérienne.

Si les visites régulières du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à Amman (les dernières remontent à décembre 2012 et février 2013) ne font jamais l’objet d’une grande publicité, la coopération entre Israël et le royaume hachémite s’est nettement renforcée : l’Etat juif a accepté d’ouvrir sur son territoire des corridors routiers pour acheminer les exportations et importations jordaniennes vers le port israélien de Haïfa, dont le débouché naturel vers le port syrien de Tartous est condamné.

Toute la région dans le feu du conflit

Paru dans Libération, le 10 mai 2013

Par JEAN-PIERRE PERRIN

ANALYSE Raids israéliens, implication du Hezbollah et de l’Iran auprès de Damas : la crise s’internationalise.

Même s’ils ont été d’une violence extraordinaire, faisant croire aux habitants de Damas qu’il s’agissait d’un tremblement de terre, voire de l’explosion d’une bombe atomique, les derniers raids israéliens sur la Syrie menés le week-end dernier n’auront sans doute que peu de répercussions militaires sur le terrain. En revanche, ils ont permis à tous acteurs régionaux d’abattre leurs dernières cartes, témoignant que la crise syrienne pouvait gagner encore en intensité, passer d’une étape à l’autre et qu’elle portait des risques considérables de déstabilisation régionale.

A ce jour, on ne sait pas exactement ce que visaient les F-16 israéliens. Les experts israéliens parlent de hangars contenant des missiles balistiques sol-sol similaires aux Scud russes et développés par la Syrie avec un financement iranien, ou des missiles sol-air SA-17 fournis par la Russie à la Syrie, qui pourraient être livrés au Hezbollah libanais. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un bureau d’information proche de l’opposition, les frappes ont touché aussi deux bataillons de pasdaran (gardiens de la révolution) iraniens, affectés au maniement de ces armements qui, s’ils lui étaient livrés, permettrait au Hezbollah d’atteindre Tel-Aviv à partir de la plaine de la Bekaa et non plus du Sud-Liban.

Nucléaire. Par ses deux raids, qui s’ajoutent à celui de janvier, Israël entre ouvertement en scène dans le conflit syrien. Non pour faire chuter le régime syrien, son «ennemi préféré» dans la région, comme le qualifie le quotidien Haaretz, mais avant tout pour des raisons sécuritaires. L’Etat hébreu cherche à empêcher qu’un armement stratégique de grande qualité parvienne au Hezbollah. «Nous ne nous impliquons pas dans la guerre civile en Syrie mais nous avons annoncé quels étaient nos intérêts», a précisé mardi le ministre israélien de la Défense, Moshé Yaalon. Le moment aussi est important : on ne peut exclure l’hypothèse que des opérations militaires soient bientôt engagées par Washington ou Tel-Aviv contre les centres nucléaires iraniens, ce qui entraînerait en retour une pluie de missiles tirés sur Israël à partir du sol libanais.

Ces raids ont permis en outre à l’état-major israélien de signifier à Téhéran que les «lignes rouges» ont bougé, qu’il n’acceptera plus que ses livraisons d’armes de plus en plus perfectionnées franchissent la frontière libanaise. «Israéliens et Iraniens s’envoient des messages à travers la crise syrienne. Sur le terrain, l’attaque israélienne a pu faire bouger les choses mais pas de façon décisive. Les Israéliens n’ont intérêt ni à ce que Bachar al-Assad parte, ni à ce qu’il reste. Leur position oscille entre ces deux hypothèses, du moins tant qu’il n’y aura pas de menaces sur la frontière israélienne», souligne Ziad Majed, professeur à l’Université américaine de Paris. Dans une récente interview au quotidien libanais l’Orient – le Jour, Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, ajoute qu’«indirectement, les attaques israéliennes envoient également un signal aux États-Unis, en venant rappeler que les défenses antiaériennes syriennes, fournies par la Russie et qu’on disait très efficaces, ne sont pas aussi redoutables. Cela apporte du grain à moudre aux faucons américains comme Lindsey Graham ou John McCain, qui souhaitent que les États-Unis mènent eux-mêmes des attaques de ce type».

Les raids israéliens risquent encore de renforcer le front Damas-Téhéran-Hezbollah. Alors que pendant des mois le «parti de Dieu» a voilé son rôle en Syrie, son chef Hassan Nasrallah a ouvertement admis que ses miliciens se battaient aux côtés des loyalistes et subissaient des pertes. «Nous sommes fiers des martyrs tombés ces dernières semaines et ils nous honorent», déclarait-il le 30 mars sur la chaîne Al-Manar. Il ajoutait : «Si la situation devenait plus dangereuse, des Etats [l’Iran, ndlr], des mouvements de résistance et d’autres forces seront dans l’obligation d’intervenir de façon efficace dans la confrontation sur le terrain», et que les «vrais amis» de la Syrie ne permettront pas la chute du régime.

Pour le moment, il est difficile de savoir combien de combattants le Hezbollah – ses effectifs sont estimés à 5 000 miliciens, plus 15 000 réservistes – a envoyé en Syrie. Désormais, ses hommes sont en première ligne, notamment dans la ville stratégique de Qoussayr, autour du sanctuaire chiite de Sayeda Zeinab à Damas, et dans le nord, près de Deir Ezzor et Rakka «En franchissant la frontière libanaise, le parti chiite s’est laissé happer par le conflit. Il n’est pas que présent dans les poches chiites ou autour de ses installations. Il a aussi aidé l’appareil militaire syrien, qui ignorait tout de la façon d’attaquer les villes, dans sa mutation. Et lui aussi a beaucoup appris en retour. Et il a aidé à la création de proto-milices au sein d’autres communautés qui peuvent faire des alliances avec lui, soit encore un pas de plus dans la guerre civile», explique un expert américain qui a requis l’anonymat.

Ingérences. D’où la tournure de plus en plus confessionnelle – alaouites et chiites contre sunnites – du conflit comme le montre le récent massacre d’un village sunnite près de Banias (nord-ouest) perpétré par l’armée syrienne et ses supplétifs alaouites. Avec ces ingérences désormais étalées au grand jour – dimanche, l’Iran a annoncé qu’il allait entraîner l’armée syrienne et la Jordanie, qui craint d’être submergée par l’afflux de réfugiés, voudrait la création d’une zone tampon à sa frontière -, se dessine une véritable régionalisation du conflit. Certains des acteurs s’impliquent pour des raisons idéologiques ou d’influence (Qatar, Arabie Saoudite, Turquie), et d’autres (l’Iran, le Hezbollah, l’Irak, la Jordanie et Israël) parce qu’il s’agit à leurs yeux d’un combat proprement existentiel. C’est ce qui a conduit le Pentagone à envisager un scénario catastrophe avec des risques graves de désintégration de la Syrie, et la Maison Blanche à une possible réévaluation de sa politique à ce jour pusillanime.

De Jérusalem à Versailles, le pèlerinage des calices

LE MONDE | 08.05.2013 

Par Florence Evin

 

Des frères franciscains portant des objets de culte (calices et flambeaux royaux) devant le Saint-Sépulcre à Jérusalem (Israël).

Jérusalem (Israël). Troisième dimanche de carême, dix heures du matin, à Jérusalem. A la porte du Saint-Sépulcre, l’apparition fait sensation. Robe marron ceinturée d’une corde blanche, pieds nus dans ses sandales, Frère Stéphane, géant de deux mètres, un flambeau à fleurs de lys en argent doré dans chaque main, sort à grands pas de la basilique. Le suivent quatre acolytes tenant serrés ciboire, calices et chandeliers, présents offerts en aumônes par Louis XIII et Louis XIV. Sur l’esplanade de pierres blondes baignée de soleil, la scène, incongrue, fige un instant la foule des pèlerins avant qu’elle ne s’engouffre dans le saint des saints sombre comme une grotte et saturé d’encens.

Voilà nos cinq franciscains filant le long des ruelles pavées du souk, dérobant en partie leur royal butin sous de méchants sacs plastiques bleu et vert de supérette. Ils se faufilent entre les étals où embaument le musc, le santal, la cardamome et le cumin, frôlent les pyramides de grenades et d’oranges, manquent d’emporter dans leur élan les piles de châles brodés et les guirlandes de chapelets en bois d’olivier.

Vingt minutes plus tard, les frères mineurs arrivent sains et saufs à l’ombre des remparts qui verrouillent la vieille ville et son lacis de venelles. Ils ont touché au but et rejoint leur couvent Saint-Sauveur, siège de la Custodie de Terre sainte. Ce "ministère" de l’ordre fondé par François d’Assise en 1209 englobe les régions du Levant baignées par la Méditerranée : Israël, Palestine, Jordanie, Syrie, Liban, Egypte, les îles de Chypre et de Rhodes. Les franciscains sont les gardiens du Saint-Sépulcre, depuis la bulle du pape Clément VI signée en Avignon le 21 novembre 1342.

Ont-ils pris un risque ? Cette escapade leur semble toute naturelle. La vieille ville est sous la haute garde de l’armée israélienne, qui patrouille jusque dans la basilique sacrée. Il n’empêche, Frère Stéphane précise : "Ces pièces uniques valent des fortunes. On évite de dire où on s’en sert et pour quelle occasion. Ici, on a une mafia très efficace, rien n’empêcherait une mésaventure. Mais personne n’a jamais pillé les sacristies. Tout est resté."Trente messes chaque jour sont célébrées à Bethléem, vingt-cinq au Saint-Sépulcre, avec celles des cérémonies où cette vaisselle d’or prend place sur les autels.

 

Grand bassin, un présent de Louis XIII en 1625. Argent repoussé, ciselé et doré réalisé par l'orfèvre parisien Claude Caignet. Diamètre : 39 cm. Jérusalem, Custodie de Terre Sainte. A noter : la présence d'une large aile plate ciselée d'une rangée de fleurs de lys et bordée d'une frise d'oves. Le fond est repoussé et ciselé d'un semé de quatre rangs concentriques de fleurs de lys de tailles décroissantes mettant en valeur, au centre, les armes de France et de Navarre.

 

DEUX CENTS ŒUVRES D’ORFÈVRERIE

Pour l’heure, les calices des rois de France sont attendus dans une cellule de Saint-Sauveur afin d’être inventoriés avant leur départ pour la France où ils seront exposés, pour trois mois, au château de Versailles (Yvelines). Avec plus de deux cents œuvres d’orfèvrerie et des chasubles multicentenaires, chapes, dalmatiques en brocart de soie à fils d’or et d’argent, dont les frères ne mesuraient ni l’ampleur ni le prix avant de les voir ensemble. Un trésor offert au fil des siècles par les cours européennes.

Mains gantées, lunettes sur le nez, manches retroussées, Béatrix Saule, conservatrice générale du patrimoine, directrice du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, est à pied d’œuvre dans la cellule exiguë de Saint-Sauveur où s’entassent jusque sur le sol les flambeaux, lampes, et autres objets liturgiques en argent et en or. Il faut dresser un état minutieux de chaque pièce en partance, noter les éclats sur la dorure, l’absence d’un saphir ou d’un rubis, signaler les éléments à restaurer. "Les rois d’Espagne envoyaient trois calices par an, lance-t-elle pour justifier une telle profusion. Le registre d’entrées permet de dater les objets, les poinçons identifient les auteurs. L’Italie donnait les hommes, l’Espagne l’argent et la France la diplomatie."

Soulevant délicatement le couvercle en bois d’une longue boîte poussiéreuse, la commissaire s’émeut devant le parfait état de la crosse dorée offerte par Louis XIV qui repose dans son étui d’origine. Examinant l’ostensoir en or massif piqué de rubis, d’émeraudes et de diamants offert par Charles de Bourbon, roi de Naples – grâce aux aumônes de tout un royaume – et arrivé à Jérusalem le 27 janvier 1747, elle reste sans voix. La pièce d’exception rivalise par sa finesse d’exécution avec le baldaquin et son crucifix – de la même provenance –, aux rocailles et marbrures réalisées en saphirs et lapis-lazuli agrémentées de sarments de vigne et grappes de rubis.

DÉPART DE TRENTE-CINQ CAISSES

Suit l’essayage par Frère Stéphane d’une chasuble en damas rouge, semé de fleurs, fruits, rubans, trophées, griffons, anges, chérubins… brodé aux fils de soie "en peinture à l’aiguille" : le plus spectaculaire des vestiaires liturgiques de ce trésor, provenant de la République de Gênes (1686-1697). Ses dix pièces – chasubles, chapes, dalmatiques, antependium… – ont retrouvé leur éclat après la minutieuse restauration réalisée pendant deux ans par les sœurs adoratrices du Saint-Sacrement de Bethléem.

Soixante-six centimètres de carrure : la mesure relevée par Béatrix Saule entre les épaules du franciscain lui sert de repère en vue de l’installation de cet ornement liturgique à Versailles. La commissaire est à l’affût du moindre détail utile avant le départ des trente-cinq caisses de Jérusalem. Il faut imaginer la mise en scène de cet ensemble inédit pour faire parler l’Histoire.

Devant cette profusion, il est précisé que tout n’arriva pas à bon port. L’exemple de l’aumône de Louis XIII expédiée en 1624 et de sa mésaventure en dit long – 7 125 piastres et une chapelle composée de lampes, flambeaux, croix, bassins, aiguières, boîtes à hosties… en argent doré à fleurs de lys qui complétaient les présents de paramentique (vêtements liturgiques) envoyés trois ans plus tôt.

"Tout laisse à penser, notent Danièle Véron-Denise et Michèle Bimbenet-Privat dans le très complet catalogue qui accompagne l’exposition, que l’escale à Saïda fut désastreuse et qu’y furent dérobés les calices, patènes, croix d’autel, corbeilles, clochettes…", ensemble ciselé entre 1617 et 1624 par l’orfèvre parisien Claude Caignet.

Devant une telle accumulation de richesses, Frère Stéphane le dit sans détour : "Avant les calices des rois de France, les vraies pierres précieuses sont les chrétiensCe sont les gens, la population locale, nos pierres vivantes, nous sommes une église." Une population qu’il soigne, éduque et souvent loge – sur les terrains achetés au XIXe siècle par la Custodie et bâtis.

Sa mission est d’un autre ordre. Curé de Bethléem, il est fier d’animer la première école catholique fondée au XVIe siècle (sur les quatorze de Palestine), et d’avoir pu envoyer la première athlète palestinienne aux Jeux olympiques, entraînée grâce aux équipements de sport… Il se réjouit de voir les enfants de toutes confessions dans les cours de musique dispensés à Saint-Sauveur. Et rappelle que toutes les écoles de la Custodie cultivent la mixité : "A Jéricho, nous avons 98 % de musulmans."

"On est en Orient ici avant d’être chrétien, rappelle Frère Stéphane. Vivre ensemble dans un lieu exigu, c’est un œcuménisme au quotidien." Pour le franciscain, le Saint-Sépulcre, "la cathédrale du souk", est un "chez-soi universel". Une Babel où résonnent et s’emmêlent les chants de toutes les communautés chrétiennes, latine, grecque, arménienne, éthiopienne, syriaque, copte.

Une Babel qui bientôt disposera d’un musée du christianisme à Saint-Sauveur. "L’exposition de Versailles nous donne l’occasion de mieux comprendre la nature et la valeur de notre patrimoine", analyse Frère Pierre-Baptiste Pizzabolla, patron de la Custodie qui veut en assurer la sauvegarde. Le temps aussi, est-il convaincu, de tisser encore les liens entre les communautés, même si eux, les franciscains, n’arrivent pas à faire tomber les hauts murs dressés par l’Etat.

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