Israël tance l’Iran et le compare à Al-Qaeda
Paru dans Libération, le 27 septembre 2012
Par FABRICE ROUSSELOT

ONU. Benyamin Netanyahou a lancé hier un cri d’alarme face au programme nucléaire de Téhéran.
«C’est un avertissement direct à Téhéran, jugeait un diplomate,comme on n’a pas forcément l’habitude d’en entendre à l’ONU.»Intervenant hier à New York devant l’Assemblée générale, Benyamin Nétanyahou n’a pas mâché ses mots. Consacrant les trois quarts de son discours à la menace nucléaire iranienne, le Premier ministre israélien a assuré «qu’il était temps de tracer une claire ligne rouge»pour empêcher Téhéran de «mettre en péril la paix du monde». «Quelle différence y a-t-il entre le plus dangereux groupe terroriste du monde, Al-Qaeda, possédant l’arme nucléaire, et le plus dangereux régime terroriste du monde possédant l’arme nucléaire ?» a-il lancé. «Il n’y a pas de différence.»
Uranium. Présentant un panneau sur lequel était dessinée une bombe, Nétanyahou a ensuite assuré que «la ligne rouge» devait être tracée avant que l’Iran ne parvienne à boucler sa deuxième phase d’enrichissement d’uranium, un horizon qu’il a fixé au printemps ou à l’été prochain. «L’heure est de plus en plus tardive pour intervenir», a-t-il encore soutenu.
Après des semaines d’interrogations sur une possible intervention israélienne, le discours de Nétanyahou sonne comme une réponse à Barack Obama, qui avait snobé le leader israélien en cette semaine onusienne et avait décidé de ne pas le rencontrer pour se concentrer sur la campagne électorale américaine. Mardi, Obama avait certes assuré que les Etats-Unis «feraient ce qu’ils doivent faire pour empêcher l’Iran d’obtenir une arme nucléaire». Mais le locataire de la Maison Blanche n’a pas caché qu’il comptait poursuivre la voie de la diplomatie et d’éventuelles sanctions.
«Il faut être juste, a répondu hier Nétanyahou, les nations ont essayé la diplomatie pendant de longues années, mais cela n’a pas marché. Les sanctions, elles, ont un certain effet sur l’économie, mais elles n’ont pas empêché l’Iran de développer un programme atomique.»Européens et Américains devaient en outre se rencontrer hier après-midi pour essayer de se concerter pour faire pression sur l’Iran. La Russie et la Chine, notamment, s’opposent à de nouvelles sanctions au sein du Conseil de sécurité.
Sur le conflit israélo-palestinien, Nétanyahou est resté très bref, se contentant d’assurer qu’une solution ne pouvait passer que par la reprise des négociations et non par «des tentatives unilatérales de reconnaissance à l’ONU». Quelques minutes avant lui, le président palestinien, Mahmoud Abbas, avait regretté une situation qui n’a fait qu’empirer durant les douze derniers mois. Dénonçant «la campagne ethnique» lancée, selon lui, contre le peuple palestinien par Tel-Aviv, Abbas a mis en garde contre le «danger catastrophique de colonisation». Avant d’accuser Israël de rejeter la solution de deux Etats vivant l’un à côté de l’autre.
Non membre. Alors qu’il s’était présenté devant l’ONU en 2011 avec la demande historique d’adhésion d’un Etat de Palestine, Abbas a dû cette fois rabaisser ses ambitions et réclamer le statut d’Etat non membre devant l’Assemblée générale, semblable à celui du Vatican. Depuis l’année dernière, le président palestinien n’a pas gagné un pouce de terrain, alors que les Palestiniens n’ont pas été en mesure d’obtenir le nombre de voix suffisantes pour pousser le Conseil de sécurité à un vote sur une résolution. Les discussions sont, elles, bloquées depuis deux ans. «Il y a encore une petite chance de sauver la paix», a néanmoins estimé le leader palestinien. Avant de conditionner la reprise d’éventuels pourparlers à l’arrêt des colonisations. Ce que refuse Israël.