Accueil > France-Israel, Presse française > Desinfo.com: interview avec le porte parole de l’ambassade d’Israël en France

Desinfo.com: interview avec le porte parole de l’ambassade d’Israël en France

Par Hélène Keller-Lind

Faire un tour d’horizon avec Yaron Gamburg, porte-parole de l’ambassade d’Israël à Paris est à la fois passionnant et préoccupant. Passionnant du fait de son parcours si riche qui explique une finesse d’analyse peu courante et un décryptage remarquable des complexités de la situation actuelle, non seulement proche-orientale, mais aussi mondiale. Préoccupant aussi, en un moment crucial, alors que le menace existentielle iranienne se précise pour Israël, mais aussi pour le monde.

« Israël n’est pas au cœur des problèmes du Moyen-Orient, ce sont l’Islam radical, la corruption, les régimes autoritaires qui le sont et il faut le rappeler aujourd’hui ». Tel est le cadre que pose le porte-parole de l’ambassade d’Israël en France, rappelant que les problèmes actuels découlent du colonialisme d’antan, des frontières qui ont été tracées, des populations différentes qui ont été rassemblées. Un ensemble de facteurs qui débouchent sur « ce grand bouleversement auquel on assiste aujourd’hui et qui touche toute la région, Jordanie, Libye, Irak, Turquie y compris. « Mais Israël est beaucoup moins menacé par la crise syrienne, » dit-il, constatant qu’il y a « 150.000 réfugiés syriens en Jordanie, 70.000 en Turquie ou qu’il y a une exportation de ce conflit au Liban avec le Hezbollah ». Il ajoute : « ce qui nous concerne en Israël et nous inquiète, ce sont les stocks d’armes chimiques et non conventionnelles syriennes, les plus importants au monde ».

Quant à « l’après Assad, des groupes islamistes chiites ont pénétré en Syrie, ce qui va changer l’équilibre des forces. L’Iran va perdre son allié arabe le plus important, le Hezbollah va perdre sa base de réarmement, cela va leur porter un coup sérieux. La Syrie compte 70 % de Sunnites et des minorités, comme les Druzes et les Chrétiens qui sont inquiètes pour leur avenir. Des rebelles ont brûlé des drapeaux du Hezbollah et des drapeaux iraniens en Syrie, mais des forces des Gardiens de la Révolution iraniennes s’y trouvent et ce n’est plus seulement en fournissant des armes que l’Iran intervient. L’Iran est isolé aujourd’hui, pas seulement par l’Occident, même s’il faut des sanctions plus fortes, paralysantes, comme nous le disons. L’Iran est isolé aussi par ses voisins du Golfe persique, l’Arabie saoudite ou le Qatar et la chute d’Assad sera un coup dur pour le régime iranien. Qui a également des problèmes avec la Turquie, pays qui a des problèmes avec tous ses voisins et a aussi un dossier kurde ». Il ajoute : « On est en pleine transition sur le plan géopolitique et on ne sait pas où on va ».

Quant au nucléaire iranien, Yaron Gamburg le qualifie de « problème central, le plus inquiétant pour le gouvernement israélien. Il s’agit d’une menace existentielle. Car pour le régime iranien le but déclaré est la disparition d’Israël et l’établissement d’un État palestinien sur tout le territoire d’Israël, la Cisjordanie et Gaza. C’est un régime antisémite qui est dans la rhétorique du complot sioniste dans le but de régner sur le monde, « les Protocoles des Sages de Sion » ont d’ailleurs été traduits en persan… L’Iran, régime anti-sioniste et antisémite va se doter d’armes de destruction massives, ils ont des missiles qui couvrent le territoire israélien et au-delà, allant même jusqu’à l’Italie ».

En ce qui concerne Israël, précise-t-il, « l’Iran a franchi une ligne rouge et a tous les composants pour fabriquer une bombe atomique ». Il salue « l’attitude forte de la France avec qui nous avons beaucoup de points communs », regrettant toutefois que « les États-Unis et les pays occidentaux continuent à essayer des sanctions et des négociations qui sont sans effet alors que l’Iran poursuit l’enrichissement de l’uranium, ce qui n’a pas été observé seulement par Israël mais par les services de renseignement américains. Il y a une semaine, ceux-ci ont envoyé un rapport dans ce sens au Président Obama. Cela n’est un secret pour personne. Les sanctions que privilégie la communauté internationale sont sans effet car ce régime ne prend pas en compte les souffrances de sa population.Par ailleurs, comme vient de le dire l’ambassadeur d’Israël à Washington, Michael Oren, notre horloge tourne plus vite que celle de la communauté internationale, car nous sommes directement menacés et la première cible visée ».

« Il y a actuellement en Israël des préparations pour la défense civile. S’il y a une frappe israélienne sur le nucléaire iranien, il faudra gérer le Hezbollah au nord et peut-être le Hamas au sud. Toutefois le Hamas a beaucoup de problèmes, il n’est pas nécessairement financé par l’Iran, alors que le Hezbollah est le bras armé de l’Iran, comme on l’a vu avec cet attentat en Bulgarie et des tentatives d’attentats anti-israéliens au Kenya, à Chypre et en Géorgie ».

A ce propos Yaron Gamburg estime que « le refus de l’Union européenne de placer le Hezbollah sur sa liste d’organisations terroristes est une honte, d’autant plus qu’un attentat a été commis dans l’espace européen. C’est irrationnel car cela pose un problème patent en Europe également. Le Hezbollah a frappé des Américains et des Français dans les années 80 au Liban aussi. Et aujourd’hui tous les services de renseignement savent qu’il est présent en Europe ».

Le Hamas, lui, a un problème majeur d’identité, explique-t-il. « Il est pro-syrien, pro-iranien, anti-israélien mais ses racines sont les Frères musulmans, ils ont une même école idéologique. L’Iran lui demande de répondre à toute attaque menée contre lui mais tous les indicateurs montrent que le Hamas ne tient pas à s’engager. Il est ambivalent, est allié avec les Sunnites, les Frères musulmans, le Qatar, l’Égypte, même si l’Iran et lui ont un ennemi commun qui est Israël. Le Hamas a également un problème avec le Jihad mondial, comme on l’a vu avec l’attentat dans le Sinaï, mais je ne me fais pas trop d’illusions, c’est quand même un mouvement frère ».

A propos de l’Égypte, Yaron Gamburg rapporte ce qui n’est pas qu’une simple anecdote mais illustre bien la réalité. Il s’agit de l’échange de courriers entre le Président Péres et le Président Morsi. A l’occasion du Ramadan Shimon Pères avait envoyé un message au nouveau Président égyptien, issu des Frères musulmans. Ce qui était un second courrier, le premier ayant été envoyé pour le féliciter de son élection à la présidence de l’Égypte. Mohamed Morsi répondit à cette seconde missive, le remerciant et l’assurant de tous ses efforts pour contribuer à remettre en route le Processus de Paix, afin d’assurer « la sécurité et la stabilité de tous les peuples de la région, Israéliens compris ».

Lettre égyptienne qui fut publiée, mais dont l’existence fut aussitôt démentie par Le Caire. Une affaire rapportée sur Nosnondits, où figure une copie de la lettre venue d’Égypte

Le porte-parole de l’ambassade rappelle « qu’il y a deux ans au début de ce qu’on a appelé le « printemps arabe », Israël a été très critiqué par nombre d’hommes politiques, d’experts, de médias, pour ce qui était qualifié alors d’une prudence israélienne excessive. Or, dès le début, le gouvernement, des experts israéliens, s’ils disaient qu’il s’agissait d’un vrai mouvement démocratique, ajoutaient qu’il n’était pas du tout évident que la fin de cette histoire verrait la victoire des valeurs démocratiques, du pluralisme, de la tolérance envers les femmes, les minorités religieuses et ethniques ». Prudence justifiée car « aujourd’hui, le Moyen-Orient est beaucoup plus ultra-religieux, islamiste. Y a-t-il plus de démocratie ? Non.Le Moyen-Orient est plus islamiste, pas plus démocratique ».

Cette prudence venant des leçons tirées notamment de « ce qui s’est passé avec le Hamas à Gaza ». Car « des élections ne sont pas en soi l’étape ultime du développement de la démocratie, mais la première. On sait qu’après des élections il peut y avoir des forces plus réactionnaires, plus antidémocratiques. On l’a vu en Tunisie, en Libye et, bien sûr en Égypte. Il est vrai qu’il n’y avait pas de vraie démocratie sous Moubarak, mais aujourd’hui, il y a eu une mise à pied de la presse, un accroissement de l’emprise de la charia sur la société ».

Voilà pour la toile de fond. Il y ajoute un point essentiel : « Israël et l’Égypte ont un traité de paix depuis plus de trente ans qui est important pour les deux pays et a changé la région du Moyen-Orient. Israël et l’Égypte ont intérêt à conserver ce traité de paix qui conduit à un avantage régional et mondial sur le plan politique, stratégique et économique ». Il cite en exemple « le gazoduc qui fournit en gaz Israël, l’Égypte et la Jordanie. Mais qui a fait l’objet ces deux dernières années d’une vingtaine d’attentats réussis ayant suspendu la fourniture de gaz ».

Il cite encore la coopération économique très importante entre les deux pays, avec « une zone de libre échange qui permet à l’Égypte d’exporter pour plus d’un milliard de dollars aux États-Unis en étant exempté de droits de douane, grâce à un traité d’exemption entre Israël et les États-Unis ». Il y enfin et surtout, la question de la « sécurité. La situation dans le Sinaï, qui s’était dégradée avant même la révolution a atteint aujourd’hui un niveau tel que les experts parlent de chaos, de perte de contrôle de l’armée et du gouvernement égyptiens ». Pour preuve, dit-il, ces attaques par le Jihad mondial avec ce bilan de seize policiers égyptiens tués. Ce qui remet en question la sécurité de la frontière entre l’Égypte et Israël.

D’où aujourd’hui une coopération et coordination des armées israélienne et égyptienne, datant de la période Moubarak mais qui ont continué après l’élection du Président Morsi. La présence de tanks égyptiens dans le Sinaï, interdite par le traité de paix, a donc été autorisée par Israël.

Pourtant, Yaron Gamburg déplore qu’il n’y ait pas de contacts directs au niveau politique entre les deux pays, notant, par ailleurs que l’on ignore ce que sera le rôle à venir de l’armée en Égypte en cette période de transition nécessairement difficile. S’il y a aujourd’hui un ambassadeur d’Israël avec une petite équipe au Caire, il n’y a plus à proprement parler d’ambassade, celle-ci ayant été attaquée particulièrement violemment en novembre 2011 et aucune autorisation pour la réinstaller dans un site plus sécurisé n’ayant été donnée à ce jour.

Par ailleurs,Yaron Gamburg se montre dubitatif quant aux annonces faites par les agences de presse iraniennes, selon lesquelles le Président égyptien participerait au sommet des Pays Non Alignés de Téhéran à la fin du mois. Ce qui est annoncé par l’Iran comme un événement décisif dans un rapprochement égyptien après un froid datant de 1979 et de la révolution islamique. « Il n’est pas clair qu’il y aille lui-même », dit-il, citant de fausses informations similaires données récemment par l’Iran, notamment à propos de soi-disant participations annoncées à une conférence sur la Syrie e ».

Il ajoute un point qu’il est « important de souligner. Si le nouveau gouvernement égyptien soutient l’Iran, principal fournisseur d’aide militaire au régime de Bachar el-Assad, cela n’est pas une bonne idée sur le plan interne égyptien, où il y a une opposition à un rapprochement avec un Iran qui aide le régime syrien à tuer son propre peuple, commettant des actes proches d’un génocide ».

Si le porte-parole de l’ambassade d’Israël à Paris affirme que « le Président des États-Unis et le peuple américain ont les mêmes valeurs que nous », s’il se réjouit que « les relations militaires avec les États-Unis sont sans précédent », à propos de la question de l’Iran il réutilise la formule « nous avons des horloges qui tournent à des vitesses différentes », tout en espérant que « les États-Unis trouveront la façon de stopper l’Iran », estimant que « les Iraniens doivent comprendre que l’option militaire est une option très sérieuse. Et alors l’Iran pourrait changer de comportement, ce qui n’est pas le cas maintenant puisqu’il accélère ses activités nucléaires ».

A propos des Palestiniens, le fait que Mahmoud Abbas ait été reçu par les plus hautes autorités françaises un mois à peine après leur arrivée au pouvoir ne choque pas Yaron Gamburg qui remarque que « il a été reçu par tous les nouveaux Présidents, la France, comme l’Europe, a toujours été impliquée dans le dossier palestinien, a une relation très proche, apporte un soutien financier et politique. Israël n’est pas contre un État palestinien, le Premier ministre israélien a dit il y a trois ans qu’Israël est en faveur d’une solution à deux États. La question étant de savoir si les Palestiniens sont prêts à assumer une telle responsabilité et sont prêts à négocier. C’est la première fois qu’un gouvernement israélien a gelé les constructions dans les Territoires, aucun autre gouvernement israélien ne l’avait fait avant. Mais Abbas n’a rien fait… » Quant à la politique des Présidents Sarkozy et Hollande, elle est claire, dit-il, « pour eux la négociation est la seule voie possible et pas des démarches unilatérales. Cela a été dit publiquement et au cours de nos échanges ».

Il regrette cependant que « lorsque le moindre petit balcon est construit dans un village juif en Cisjordanie le Quai d’Orsay le dénonce ». Autre point de désaccord : « Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël, mais comme cela a été dit, on peut trouver des solutions », le maître mot étant « négociations ». Il estime que l’admission de « la Palestine » à l’UNESCO « n’a rien changé », mais regrette la manière dont l’agence onusienne « politise les choses ». Comme, récemment avec cette affaire de l’Église de la Nativité. Israël, dit-il, « n’était pas opposé à ce qu’elle soit reconnue comme patrimoine, mais pas de cette manière ». Il évoque aussi les majorités automatiques contre Israël, soutenues par la France et d’autres pays.

Certes, « la France est en faveur d’une solution négociée, pas imposée, mais il faut convaincre Abbas que c’est là la seule voie ». Tache ardue, « malheureusement car après son échec total au Conseil de Sécurité [ où il avait demandé l’adhésion de « la Palestine » à l’ONU en septembre 2011 ] il va recommencer avec l’Assemblée générale des Nations unies où il y a une majorité automatique arabo-musulmane. Mais est-ce que cela va changer quelque chose ? Rien, si ce n’est décourager Israël. De plus Abbas manque de légitimité et de contrôle. Il est persona non grata à Gaza et on peut parler de trois États éventuels plutôt que deux, avec deux États palestiniens…En effet, après trois ans de négociations entre Hamas et Fatah il n’y a aucune solution pour mettre fin à leurs divisions. Ils sont divisés comme en 48 alors qu’Israël était prêt à reconnaître la partition proposée par l’ONU. Rien n’a changé. Certains n’acceptent pas Israël et il y a cette incitation à la violence contre Israël, même dans les manuels scolaires ».

Toutefois, Yaron Gamburg ne veut pas être négatif. Il y a, dit-il, « une coopération sécuritaire, économique, Israël fournit de l’eau aux Palestiniens, il y a des programmes d’aide ». Force est de constater, pourtant, que « malgré tous ces gestes d’Israël, Abbas préfère la voie unilatérale et l’incitation à la haine d’Israël… »

C’est sans la moindre hésitation que le porte-parole de l’ambassade d’Israël en France fait état de « rapports très proches et très bons avec le gouvernement français, d’échanges et de dialogue très ouverts », soulignant qu’au cours des trois premières semaines du gouvernement Hollande /Ayrault, « il y a eu la visite du Conseiller de Benjamin Netanyahou à l’internationale et du ministre Danny Ayalon ». Il conclut que « en dépit de différences, nous avons un dénominateur commun ».

Pour l’article intégrale:

http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=32462

About these ads
  1. Pas encore de commentaire.
  1. Pas encore de rétrolien.

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 1 379 followers

%d bloggers like this: