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Opinion- Avraham B. YEHOSHUA

Paru dans Libération, le 11 Juillet 2012

Par AVRAHAM B. YEHOSHUA Ecrivain et essayiste israélien

 

 

Effectuant récemment des rangements dans mes papiers personnels, je suis tombé sur d’anciennes lettres écrites par mon épouse et moi-même, à nos parents en Israël, à la fin de notre séjour prolongé à Paris dans les années 60. Des lettres intimes écrites au jour le jour, de la mi-mai 1967 à la fin juillet de cette année-là. Au début, dans la crainte et l’inquiétude des jours d’attente d’une guerre annoncée, de plus en plus évidente, puis, pendant le déroulement de la guerre qui ne dura que six jours, comme on sait, enfin, durant la période tumultueuse qui suivit la victoire israélienne.

Cet épisode a fait naître de nombreuses études et autres analyses journalistiques et politiques, selon une infinité de perspectives. Mais le témoignage personnel, le vécu immédiat dans nos lettres oubliées m’ont de nouveau remué. Un fossé s’est creusé entre la préoccupation, le soutien et l’admiration des Européens à l’égard d’Israël, il y a quelque quarante-cinq ans, que nous éprouvions avec une force irrépressible autour de nous, et le désaveu grandissant à son endroit, au cours des dernières années, désaveu qui, parfois, va jusqu’à la remise en cause de la légitimité de l’existence même de l’Etat juif, voire à l’hypothèse de sa disparition au cours de ce siècle.

Comment et pourquoi un bouleversement aussi profond s’est-il produit ? Quelle en est la racine et d’où provient-il ?

Car le souci pour Israël d’il y a presque un demi-siècle était authentique et profond, et ne s’exprimait pas seulement en déclarations et manifestations, mais aussi dans les queues d’Européens, jeunes et moins jeunes, dont de nombreux non-juifs, venus se faire inscrire comme volontaires pour se battre aux côtés des Israéliens dans une guerre qui passait pour dangereuse, sinon perdue d’avance. Pendant ces semaines-là, la défense d’Israël n’était pas une cause politique mais un devoir moral, un impératif de la conscience personnels, à l’instar de ce qui s’exprima pendant la guerre civile en Espagne.

Même l’écrasante et rapide victoire d’Israël n’entama pas le soutien à ce pays. Personne ne s’est dit : peut-être Israël nous a-t-il dupés avec sa prétendue détresse et son appel à l’aide ? Il s’est prévalu de sa faiblesse, alors que sa puissance était formidable… Non, au contraire : cette victoire éclatante était considérée comme juste et morale, tout comme la détresse et la menace, à la veille de la guerre. La solidarité populaire était majoritaire et franchissait le «rideau de fer», même après que le bloc soviétique, frustré, eut coupé ses relations avec Israël.

De surcroît, la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, aux lendemains de la guerre, avalisa à l’unanimité la victoire israélienne. Et prescrivit sans ambiguïté que les territoires conquis pendant la guerre ne seraient restitués aux pays arabes vaincus qu’en échange de la paix et de leur démilitarisation.

Depuis cette époque, l’histoire est connue : au début, il y eut le refus arabe unanime et inébranlable d’entamer la moindre négociation avec Israël. Commença la «guerre d’usure» le long des nouvelles frontières, à quoi s’ajouta le refus sans équivoque des Palestiniens d’un quelconque compromis avec l’Etat juif et, de là, débuta la vague de terrorisme en Cisjordanie, à Gaza et à l’intérieur d’Israël.

Cependant, c’est à ce moment-là que débuta l’effritement grandissant de la positon morale d’Israël. Malgré les accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie. Et malgré la restitution du Sinaï aux Egyptiens. La solidarité, l’amour et l’admiration d’antan laissèrent la place à la colère et à la déception.

Alors même qu’en comparaison des échecs si retentissants et des atrocités démentes commises par d’autres Etats et peuples au XXesiècle, comme dans les Balkans, au Vietnam, au Cambodge, en Afrique, sans même parler des crimes de l’Allemagne nazie ou de la Russie soviétique, les actes d’occupation d’Israël ne sont que bagatelles au regard de ce qui a été perpétré dans d’autres pays au cours de ce siècle. Alors même que, dans l’enfer de la Deuxième Guerre mondiale, nul n’a prétendu qu’il fallait effacer l’Allemagne de la surface de la Terre ou n’a remis en question sa légitimité en tant qu’Etat.

Lorsque je m’interroge devant tous les griefs, justes et injustes, à l’encontre de la politique israélienne, ces jours-ci, je trouve que l’un d’entre eux pèse d’un poids plus lourd que tous les autres et il incarne, à mes yeux, la racine indubitable de l’hostilité extrême et parfois sauvage à l’égard d’Israël. J’ai à l’esprit les colonies qui ne cessent de s’étendre en territoire palestinien. Nombreux sont ceux qui acceptent le droit d’Israël à se défendre. Nombreux sont ceux qui consentent que, en raison de l’exiguïté et de la vulnérabilité de son espace, il exige que les territoires évacués soient démilitarisés. Néanmoins, un individu doué d’une conscience morale et historique ne peut se résoudre à ce qu’Israël bâtisse des colonies en confisquant de manière arbitraire et injuste des terres sur un territoire censé, de l’avis de tous, appartenir à un Etat palestinien. Il s’agit là d’un acte inique et outrageant qui jette un doute sur le bien-fondé de la victoire des Six Jours. Et, dès lors que le soutien et l’admiration de jadis se sont transformés désormais en amère déception, ce retournement émotionnel jette une ombre sur la légitimité même d’Israël.

La majorité des Israéliens considèrent les colonies comme une affaire mineure, sans doute ni nécessaire ni juste, mais, tout bien considéré, comme marginale dans le combat d’Israël pour sa pérennité et pour la paix. Ceux-là ne comprennent pas suffisamment que, de la sorte, ils ébranlent la position éthique de leur pays aux yeux de beaucoup. La justification morale de l’Etat juif est bien plus importante que sa légitimité ; davantage que sa démocratie, davantage que la mémoire de la Shoah, davantage que tous les acquis économiques, politiques, militaires et culturels qu’Israël a su accumuler avec dynamisme.

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche. «Rétrospective», le roman de Avraham B. Yehoshua paraîtra en septembre aux éditions Grasset.

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  1. 11 juillet 2012 à 1212 32 | #1

    TOUT à FAIT JUSTE ! Personnellement je n’ai jamais admis qu’Israel fusse poussé à évacuer aussi vite le Sinaï et je savais déjà ce qui allait advenir : 1967, 1973… J’avais alors 21 et 27 ans. Je n’ai pas changé d’avis. Au contraire ! La France n’est plus gouvernée ni dans son intérêt ni dans celui du message qu’elle doit délivrer au monde depuis trop longtemps. La France doit être INDEPENDANTE et SOUVERAINE à 100%, gouvernée par des Gaulois de souche et non pas par des Franc-maçons et pas avec un pseudo- régime républicain qui n’a plus rien de REPUBLICAIN. Un grand changement portant retour à une VRAIE POLITIQUE est hautement nécessaire pour la revitalisation de la France à l’intérieur et à l’extérieur, lui permettant de servir le vrai DROIT. Tout comme avec les "accords d’Evian " qui n’ont jamais été respéctés par l’Algérie, les "accords de Camp David" ont été une tromperie et un piège pour Israel. Ils n’ont jamais été respectés. Israel est donc fondé, comme la France, a reprendre possession de ce qui lui appartient de DROIT.

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